Reverse mentoring : artifice de communication ou réel intérêt?

Reverse mentoring : artifice de communication ou réel intérêt?


Le reverse mentoring ou le mentorat inversé est un principe récent mis en place par certains grands groupes. Ce principe, qui consiste à affecter aux dirigeants expérimentés un jeune salarié comme mentor, vise notamment à sensibiliser et familiariser les ‘seniors’ dans l’entreprise aux nouvelles technologies. Rappelons toutefois qu’aujourd’hui, vous êtes considéré comme ‘Senior’ au sein de l’entreprise à partir de …45 ans.

Si les entreprises concernées annoncent fièrement la mise en place de ce genre d’initiative, quels sont réellement les résultats ?

Donc, d’après le principe du ‘Reverse mentoring’, un ‘d’jeun’ de la fameuse génération Y (1981-1995) serait par nature en mesure de coacher ses aînés, c’est-à-dire la génération X (1961-1980) et la génération des Babyboomers (1945-1960).

Reverse mentoring : artifice de communication ou réel intérêt?
Reverse mentoring : artifice de communication ou réel intérêt?

Certains annoncent que cela a permis d’accélérer la compréhension des enjeux du digital et l’acceptation des réseaux sociaux dans l’entreprise. Grâce à cela, l’entreprise aurait par exemple pris conscience de l’importance d’avoir des outils nomades et de l’agilité que cela peut apporter dans le cadre professionnel.

Une question me vient alors à l’esprit : la R&D, les équipes projets, les marketeurs, les chefs de produits,…cela ne fait pas partie de leur fonction d’être au fait des nouveautés, des tendances et de l’évolution des usages dans leur domaine de compétence ?

Les dirigeants seraient donc à ce point décalés de la réalité dans laquelle nous vivons qu’ils devraient être coachés par une personne sur le seul critère de son âge, une génération Y si différente seule à même de leur enseigner les us et coutumes de notre société actuelle ? Tout de même, c’est comme si l’on demandait à nos dirigeants politiques de se grimer pour mieux passer incognito et s’immerger dans le quotidien de leurs ouailles pour finalement comprendre la réalité ? Ah, oui, ça existe aussi.

Donc, il existerait un décalage entre les dirigeants d’entreprise et le monde dans lequel ils sont censés faire évoluer leur entreprise, tout comme il y aurait un décalage entre les dirigeants politiques et la société qu’ils sont censés gouverner ? Pas étonnant que l’on parle de crise depuis des années, mais c’est un autre débat.

Pour revenir au principe de ‘Reverse mentoring’, si l’on doit considérer qu’un jeune, parce-qu’il est de la Génération Y, est par nature en mesure d’enseigner aux anciens (à partir de 40-45 ans…), cela équivaut à considérer que toute généralité doit être adoptée comme principe de base.

Et pourtant, dans le domaine du digital et des réseaux sociaux, combien d’entreprises se sont cassées les dents, pendant que d’autres continuent d’ailleurs, en appliquant ce genre de généralités. Combien d’entreprises recrutent des stagiaires de la génération Y, sur le principe qu’étant nés avec le numérique, ils seront forcément des experts du sujet. Combien de fois, entendons-nous cette phrase : ‘Tiens, toi qui es jeune, tu connais Facebook et tous ces trucs là, tu vas te charger de notre présence sur les réseaux sociaux !

Parce que ces médias sont jeunes, ils sont assimilés à des médias POUR les jeunes!

Il faut donc rappeler que ce n’est pas parce que l’on utilise quelques-uns de ces réseaux sociaux à titre personnel, que l’on est au fait des enjeux et des usages à titre professionnel. Pour avoir donné des cours à des étudiants en 5ème année de Master, je peux le confirmer.

D’ailleurs, mes échanges avec des ‘Seniors’ bénéficiant d’un programme de Reverse Mentoring, apportent d’autres exemples permettant de douter de l’efficacité d’un tel programme.

Par exemple: le jeune ‘Mentor’ saura-t-il aborder son Senior pour lui montrer non pas seulement les outils qui existent en se limitant à l’aspect technique, mais surtout lui expliquer les usages et l’intérêt qu’il pourrait y trouver.

Prenons l’exemple d’une personne qui ne connait rien à ces outils. Lui parler de Followers et de Like sans mettre en perspective l’objectif quelle doit se fixer pour y trouver un intérêt n’aboutira à aucun résultat. C’est comme faire une recherche sur Google sans savoir à l’avance ce que vous cherchez, vous perdrez forcément votre temps. Utiliser les réseaux sociaux répond à la même règle. Il faut d’abord définir son objectif, savoir ce que l’on cherche ou ce que l’on veut faire afin d’être en mesure d’identifier l’outil qui sera le plus adapté. Malheureusement, l’approche d’un jeune Mentor, en l’absence d’expérience et de qualités pédagogiques, commencera toujours par l’outil, reproduisant le même genre d’erreur que commettent les entreprises qui se créent des profils sociaux avant d’avoir préalablement défini une stratégie.

Le principe de Reverse Mentoring qui consisterait à désigner par principe un jeune comme Mentor d’un Dirigeant, éqivaut à considérer que l’outil sera la solution, alors que celle-ci doit découler d’un besoin.

Si les dirigeants ont à l’évidence besoin d’être sensibilisés aux nouveaux enjeux et usage du digital, le recours à des professionnels expérimentés reste certainement la meilleure approche. Quant au reverse mentoring tel qu’il est généralement pratiqué, il reste bien souvent un outil de communication externe utilisé pour valoriser la marque-employeur.

Tout exemple dont les méthodes et les résultats contrediraient cet article seront bienvenus.

3 réflexions sur “Reverse mentoring : artifice de communication ou réel intérêt?

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