La médiatisation de sanctions administratives sur les réseaux sociaux relance le débat sur la pratique du « name and shame« . Pratique militante à l’origine, elle est aujourd’hui reprise par certaines institutions publiques. Entre transparence, pédagogie et risques de stigmatisation, il est utile d’en préciser les contours.


À la suite de la publication de plusieurs tweets du préfet du val d’oise (@prefet95) mettant en avant des fermetures administratives de restaurants, Louise de Maisonneuve, journaliste au Figaro, m’a interrogé sur la pratique du « name and shame » sur les réseaux sociaux.
Dans cette interview, j’apporte un éclairage sur l’usage de ces codes de communication par les institutions publiques, les objectifs recherchés, mais aussi les lignes de vigilance.

Visuel illustrant les interventions médias de Frédéric Foschiani, dirigeant de QSN-DigiTal et expert en réseaux sociaux et e-réputation, lors de trois interviews sur BFM TV, LCI et RMC. Ce visuel, informe sur l’interview de Frédéric Foschiani par la journaliste Louise de Maisonneuve pour le journal Le Figaro sur le thème du "Name & Shame » sur les réseaux sociaux. L’image met en avant l’expertise de Frédéric Foschiani sur les enjeux de visibilité, d’image en ligne et de réputation numérique des marques et des individus à l’ère des réseaux sociaux.

👉 L’intégralité de l’article de Louise de Maisonneuve est à lire sur le site du Figaro.
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Cet article de blog n’est aucunement la reproduction de l’article du Figaro mais s’inscrit dans le prolongement de l’article de Louise de Maisonneuve. Au cours de notre échange, nous avons abordé certains aspects sur lesquels je souhaitais revenir afin d’en préciser les enjeux en matière de communication publique, de visibilité et de risques juridiques.


Le « name and shame » sur les réseaux sociaux : une pratique devenue courante

Le name and shame n’est pas un concept nouveau, mais son exposition a changé d’échelle avec les réseaux sociaux. Ce qui relevait autrefois de l’affichage administratif se retrouve désormais amplifié par la viralité des plateformes. Cette évolution interroge autant les pratiques citoyennes que la communication des institutions publiques, confrontées à des enjeux de visibilité, de pédagogie et de confiance.

Sur les plateformes sociales, le name and shame s’est imposé comme un levier de mobilisation rapide. Des mouvements comme #MeToo ou #BalanceTonPorc ont marqué un tournant en utilisant la dénonciation publique pour rendre visibles des faits jusque-là tus. Le principe a ensuite été décliné dans d’autres secteurs, par exemple avec Balance ton Agency dans le domaine de la publicité.

Plus récemment, certaines femmes ont choisi de publier, sans anonymisation, les messages haineux, racistes, sexistes, ou à caractère homophobes, grossophobes et j’en passe qu’elles reçoivent. L’objectif n’est pas uniquement de dénoncer des individus, mais aussi d’alerter, de documenter une réalité et de lutter contre un sentiment d’impunité largement partagé en ligne.


Pourquoi ces dénonciations publiques trouvent un écho si fort

Le succès de ces pratiques tient à plusieurs facteurs. Les réseaux sociaux permettent d’atteindre une audience large en un temps très court. Ils favorisent également l’identification émotionnelle et la circulation rapide de preuves visuelles ou textuelles.

Les objectifs de cette pratique sont clairs : alerter l’opinion, sensibiliser à une problématique, provoquer un débat public, obtenir une réaction et espérer dissuader. Cette logique de visibilité maximale explique pourquoi ces mécanismes sont désormais observés bien au-delà des sphères militantes.


Quand les institutions publiques reprennent ces codes

L’usage de formats nominatif et visuel par un préfet peut surprendre au regard d’une tradition de communication institutionnelle plus sobre. Pourtant, l’objectif poursuivi reste comparable à celui des initiatives citoyennes : rendre visibles des décisions, appuyer leur portée et renforcer leur effet dissuasif.

Comme j’ai eu l’occasion de le préciser et tel que vous le retrouverez dans l’article du Figaro, des administrations comme la DGCCRF ou la CNIL communiquent depuis plusieurs années sur les sanctions qu’elles prononcent, notamment sur X.

Tweet de la DGCCRF publié en juillet 2021 annonçant une amende de  20 000 € pour pratiques commerciales trompeuses à l’encontre de l’influenceuse Nabilla

DGCCRF : comme relaté dans l’article du Figaro, la DGCCRF a publié en juillet 2021sur son compte X (@dgccrf) un tweet annonçant une amende de  20 000 € pour pratiques commerciales trompeuses à l’encontre de l’influenceuse Nabilla.

Par la suite, toutes les sanctions similaires envers d’autres influenceurs ont fait l’objet du même genre de publicité sur le compte X de la DGCCRF. Mais l’organisme de lutte contre la fraude ne se limite pas aux influenceurs et applique désormais cette pratique pour donner de la visibilité à chaque enquête administrative et sanctions infligées. Ainsi, le mois dernier (8 décembre 2025), ce fut le cas en communicant sur une amende de 223 006 € à l’encontre de la société CDV Habitat pour démarchage téléphonique illégal.

Tweet du 8 décembre 2025 de la DGCCRF communicant sur une amende de 223 006 € à l’encontre de la société CDV Habitat pour démarchage téléphonique illégal.

La CNIL a également adopté cette méthode depuis longtemps sur son compte X :

15 juin 2023 : tweet annonçant une sanction de 150 000 € à l’encontre de KG COM pour manquements au RGPD et aux règles sur les cookies.

22 juin 2023: tweet annonçant une sanction de 40 millions d’euros à l’encontre de CRITEO, avec renvoi vers la décision publique

Ces publications reposent sur des enquêtes administratives, des décisions formelles, datées et chiffrées. Elles visent la transparence et la pédagogie, tout en s’adaptant aux codes des plateformes sociales.


Le name and shame sur les réseaux sociaux : une pratique qui reste à manier avec précaution

Le name and shame n’est pas sans risques. L’exemple de Balance ton Agency, dont l’initiatrice a été poursuivie en diffamation par 2 agences mises en cause, avec un jugement rendu le 16 janvier 2026, et un délibéré attendu le 16 mars 2026. Ce risque illustre les limites de la dénonciation publique lorsqu’elle ne repose pas sur une décision officielle.

Les pratiques de la DGCCRF, de la CNIL et du Préfêt ne peuvent pas (à priori) faire l’objet de poursuite en diffamation dans la mesure où elles reposent sur des décisions administratives ou des sanctions prononcées. Communiquer de manière factuelle sur une décision administrative ou judiciaire n’a pas la même portée juridique qu’une accusation publique sans base formelle.


Le name and shame sur les réseaux sociaux ne peut être analysé de manière uniforme. Utilisé par des citoyens, il répond souvent à un besoin de reconnaissance et de justice perçue avec les risques de stigmatisation et de conséquences sur la reputation des personnes mentionnées mais également un risque de poursuite en diffamation pour l’initiateur(trice) de la dénonciation.  Employé par des institutions publiques, il s’inscrit dans une logique de publicité d’une décision administrative ou d’une sanction, dans un but de transparence, de visibilité des actions menées et de dissuasion envers les personnes concernées.

La clé réside dans l’équilibre : un ton strictement factuel, un appui systématique sur des décisions officielles et une maîtrise des codes du canal utilisé. C’est à ce prix que la communication publique peut gagner en visibilité sans fragiliser la confiance ni exposer inutilement les acteurs concernés.


Je suis Frédéric Foschiani, Fondateur de QSN-DigiTal, agence spécialiste des réseaux sociaux et de l’eReputation

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Visuel de présentation de QSN-DigiTal mettant en avant Frédéric Foschiani, expert reconnu des réseaux sociaux. Trois extraits d'interventions télévisées illustrent son expertise sur BFM TV, LCI et RMC. À gauche, une colonne de pictogrammes jaunes symbolise les principaux réseaux sociaux et supports (LinkedIn, X, WhatsApp, Facebook, Instagram, YouTube, TikTok, podcast, blog). En haut, une bannière mentionne les services proposés : conseil, stratégie, community management, publicité, contenus, formations et conférences. Le site officiel www.qsn-digital.com est indiqué en bas à droite.